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Créé en 1989 à Toulouse, le LAIRDIL a pour vocation de développer et d’ancrer une recherche fondamentale et appliquée en didactique des LANgues pour Spécialistes d’Autres Disciplines (LANSAD). Implanté à l’Université Paul Sabatier – Toulouse III, il fédère les enseignants-chercheurs de la ComUE 'Université de Toulouse' (UFTMiP) et des chercheurs géographiquement isolés qui ont choisi cette voie. Sa situation en France est unique.

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29 Avril 2016
Compte-rendu de la visite de Yves Chevallard
Compte-rendu de la visite de Yves Chevallard

Le Vendredi 15 avril 2016,Yves Chevallard fut l’invité du séminaire organisé par le LAIRDIL, la SFR de l’ESPÉ Midi-Pyrénées et le laboratoire EFTS.

Le propos de la conférence-débat qu’il a animée fut avant tout d’exposer les concepts-clefs de la théorie anthropologique du didactique (TAD), du fait didactique ainsi que de la praxéologie du didactique, en donnant quelques exemples issus du domaine d’enseignement des langues d’un point de vue social et anthropologique et de les décire comme modèles théoriques.

En un premier temps, Yves Chevallard pose les fondements de la TAD qui se résument à l’interaction de personnes et d’institutions. Le fait didactique existe dès lors qu’une personne X enseigne quelque chose à un individu Y, dans une institution I. Cette dernière (école, université, entreprise, etc.) est le lieu d’une relation complexe entre les conditions qui rendent possible ce fait didactique et les contraintes que leur nature propre imposent à toute activité pédagogique. Il semble donc difficile, voire impossible, de dissocier la réflexion didactique de l’analyse de ces interactions institutionnelles, car ces dernières donnent le cadre fondamental du fait didactique. On peut donc définir la didactique comme « la science des conditions et contraintes didactiques et de leurs effets d’apprentissage ». Le corollaire de cette théorie est qu’il faut toujours analyser le fait didactique en fonction d’une situation précise (sociale, historique, politique) et selon les normes en usage à ce moment-là, sans plaquer de jugement. Il est important d’incorporer à l’analyse les attendus institutionnels et pédagogiques de l’enseignant, mais aussi les attitudes des apprenants. C’est ainsi que toute activité pédagogique s’organise autour d’une praxéologie immuable (dans sa structure) mais changeante dans ses manifestations (dans le temps et l’espace) qu’il est possible de transposer d’une discipline à l’autre à partir d’une formalisation abstraite et mathématique. Ainsi donner un exercice (par exemple, utiliser le « split infinitive » en anglais) correspond-il à un type de tâche T (positionner l’adverbe avant le verbe) qui met en œuvre une technique τ (maîtrise du « split infinitive ») ; le tout constitue une « praxis Π ». Mais il faut, au-delà, justifier cette pratique à l’aide d’une technologie θ (le rythme de la langue, par exemple) sous-tendue par une théorie Θ qui ferait ce l’usage du « split infinitive » un exemple de « naturalité » de la langue anglaise. Le binôme Θ/θ forme, quant à lui, le bloc « théorico-technologique Λ ».

Nous avons donc affaire à deux éléments reliés : d’une part l’équipement praxéologique, qui intervient lors du cours, et, d’autre part, l’institution qui donne corps à cette praxéologie. La TAD vise donc à étudier ces interactions, qui ne sont pas immuables et passent d’une discipline à l’autre, suivant en cela les aléas de toute activité humaine. C’est le cas lorsqu’un linguiste est mandaté pour enseigner une langue à des spécialistes d’autres disciplines. Au niveau le plus élémentaire, il y a le fait didactique (comment faire pour atteindre le but affiché), qui peut entrer en collision avec les attendus des autres acteurs (les apprenants, les enseignants de ces autres disciplines et directeurs de formation, qui peuvent avoir des attentes divergentes de celles de l’enseignant de langue) et le cadre institutionnel qui fournit des conditions et des contraintes (d’emploi du temps, du nombre d’heures de formation en langue, etc.). La TAD analyse ces différents niveaux d’interaction, ces possibles décalages au sein d’un système institutionnel (l’université) et pose donc en termes dynamiques la question de la formation des enseignants de langue en secteur LANSAD. Il est, selon Yves Chevallard, crucial de prendre en compte les conflits possibles entres normes institutionnelles universitaires (le critère de l’hyper-excellence porté par l’enseignant de langue) et normes sociales plus larges (en France, il serait de bon ton d’écorcher l’anglais au nom de la culture et de l’exception françaises). La conclusion serait de garder à l’esprit qu’une discipline universitaire (les langues et littératures étrangères, par exemple) se scinde en fait en différentes disciplines particulières, dont seule une analyse anthropologique pourrait rendre compte.

Dans son intervention, Yves Chevallard souhaitait replacer la réflexion didactique spécifique aux langues dans un contexte plus large et offrir des pistes théoriques pour la recherche en didactique des langues en la décloisonnant. La TAD, la praxéologie du fait didactique, la transposition didactique sont donc des modèles formels susceptibles d’application dans notre champ de recherche.

(Anne-Marie O'Connell)

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